KLAT 1440′

La première manifestation publique du groupe Klat, intitulée 1440′, eut lieu à Genève du 6 au 7 septembre 1997, dans le cadre de l’espace Forde, que les membres du collectif allaient ensuite être conduits à diriger pendant deux ans. Il s’agissait d’une performance d’une durée inhabituellement longue que son titre indiquait de façon chiffrée (1440 minutes = 24 heures). Pendant cet intervalle, l’espace restait ouvert et offrait depuis ses fenêtres la seule vue possible sur un terrain vague en contrebas, ceinturé de palissades de chantier. Les artistes s’étaient installés dans cette friche urbaine (assez confortablement d’ailleurs, amenant avec eux musique, nourriture, télévision, matériel de couchage, meubles et boissons) et donnaient à voir en guise de tout « happening » des activités très quotidiennes: boire, manger, dormir, uriner, parler, regarder des vidéos, etc. Le campement, organisé autour d’un véhicule contenant tous les objets utilisés, se déployait dans un périmètre très restreint et chacun semblait parfaitement s’accommoder de la promiscuité découlant des paramètres spatiaux et temporels de l’action. Les spectateurs, placés en position de voyeurs, découvraient ainsi, à travers les vitres d’un espace d’art contemporain réduit dans ses fonctions à n’être qu’un observatoire et un pourvoyeur d’électricité, l’image d’un groupe de jeunes campeurs-squatters, la représentation de ce qui, pour beaucoup, condense les caractéristiques de la « culture jeune »: vie en groupe sans reconduction des tabous de l’espace social, lieu de réunion en marge de l’espace public, activités et attitudes imprégnées par les médias, etc. Pourtant, 1440′ était une représentation plutôt qu’un spectacle, au sens où l’émission de MTVReal World, des séries télévisées comme Friends ou de récents jeux basés sur l’isolation télédiffusée des candidats, spectacularisent la vie quotidienne —et par conséquent la commodifient, la transforment en marchandise. La représentation donnée par les Klat s’affirmait en effet dès l’abord comme une performance, une œuvre d’art, c’est-à-dire un objet symbolique dont la réception ne saurait être par trop littérale. Singulièrement, c’est néanmoins cette possibilité de compréhension littérale (due à la contiguïté des protagonistes avec le référent de leur action) qui donnait à cette représentation son potentiel critique. 1440′ se regardait alors comme la mise à distance des multitudes de formes du marketing de l’adolescence et du devenir-marchandise de la « youth culture ».

 

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